Alvaro del Portillo et l’Afrique

Quelques traits de la vie de Alvaro del Portillo

Alvaro del Portillo fut le plus proche collaborateur de saint Josémaria, ainsi que son premier successeur à la tête de l'Opus Dei. Durant ses études d'ingénieur à Madrid en 1935, il rencontra Josémaria Escriva. Peu après, il s'incorpora à l'Opus Dei. Ce n'étaient pas des moments faciles pour les catholiques en Espagne. Il fut blessé à la tête alors qu'il faisait du catéchisme dans un faubourg marginal de Madrid.

Ordonné prêtre en 1944, saint Josémaria l'envoya à Rome en 1946 pour y préparer au Vatican l'approbation de l'Opus Dei. Depuis, il se trouva chez lui en cette Ville éternelle. À Rome, il connut plusieurs papes et travailla intensément à la Curie Romaine ainsi qu'aux travaux du Concile Vatican II. La fidélité à l'Église fit qu'il suive rigoureusement ce que lui demandèrent Paul VI  d'abord et ensuite Jean-Paul II, dont il était très ami dès avant son élection.

Tous ses efforts convergeaient à diffuser l'appel universel à la sainteté. Il promut une catéchèse mondiale sur la bonté et la sainteté de la famille. Il lança des projets sociaux en Afrique et en Amérique, des dizaines de centres d'enseignement et de préparation professionnelle, ainsi que des centres de santé, comme l'hôpital Monkole, à Kinshasa, au Congo ou le campus Bio-Médical à Rome.

Le 23 mars 1994, quelques heures après son décès, Jean-Paul II vint se recueillir devant la dépouille de son ami, qu'il évoqua comme «un homme bon et fidèle»

«Je suis venu pour apprendre» L’amour pour l’Afrique de Alvaro del Portillo

En 1989, le Vénérable Alvaro del Portillo rendit visite aux cinq pays africains qui comptaient des centres de l’Opus Dei : il séjourna au Kenia du 1 au 10 avril ; au Congo y au Cameroun, du 22 au 30 août ; du 14 au 19 octobre en Côte d’Ivoire et du 9 au 20 novembre au Nigeria. Il a préparé ces périples avec beaucoup de prière comme à son habitude : en priant et en faisant prier. Un exemple entre autres : il a raconté un jour que pendant les trajets en avion vers ces nations, il avait souvent répété cette oraison jaculatoire : « Reine de l’Afrique, prie pour nous, Reine de l’Afrique prie pour eux » ! (Ibadan, 15-XI-1989) suivant l’exemple de saint Josémaria lors d’un voyage au cours duquel il survolait une partie du territoire africain.

Partout il fit preuve d’un don de soi joyeux et rempli de zèle apostolique. Il rappela avec insistance aux africains la nécessité de se sacrifier pour Dieu et pour le prochain, en menant une vie généreuse de prière et d’expiation accompagnée d’un travail professionnel sérieux. Il leur demanda instamment d’améliorer leur formation spirituelle et humaine, afin d’assumer personnellement la responsabilité de faire progresser leur propre pays et de vivre une coexistence fraternelle et chrétienne. Il a transmis la doctrine catholique et l’esprit de l’Opus Dei a des milliers de personnes, de tous âges et de toutes conditions, de différentes ethnies et confessions religieuses ; il a rencontré les autorités religieuses et civiles ; il a fait naître des initiatives à caractère social, comme la Clinique Monkole à Kinshasa, qui est à l’heure actuelle l’un des hôpitaux les mieux appréciés de la ville, pour les services qu’il rend dans le domaine de la maternité et de l’enfance défavorisée.

Don Alvaro a trouvé partout l’immense affection que savent offrir les africains. A Nairobi, au début d’une réunion de plusieurs milliers de personnes, on lui offrit des plats typiques, on le nomma « Elder » -le titre dû au père de famille que l’on traite avec grand respect – et on lui remis les symboles de cette autorité : le bouclier et la lance – qui représentent la promptitude et la décision pour défendre son peuple-, le bâton de commandement (le flywhisk) et un mouton. A Abidjan il y eut aussi les chants et les danses ancestrales accompagnées du tam-tam, et on lui imposa le pagne « Kita », symbole d’affection et du désir de l’écouter. A Ijebu Ode (une ville nigérienne approximativement à 110kms de Lagos) un groupe d’écoliers en uniforme lui souhaitèrent la bienvenue par des chansons, et les chefs de tribus, selon leur tradition, l’accueillirent très affectueusement à l’ombre d’un grand arbre.

Un moment particulièrement émouvant fut la réunion qu’il y eut, avec les chefs des tribus locales, dans la commune ivoirienne de M’Bato-Bouaké, à 30 Kms d’Abidjan. Ces derniers venaient d’accorder la cession d’un terrain pour la construction d’un Centre de Rencontres confié à la Prélature de l’Opus Dei. Ils désiraient lui manifester leur amitié selon les coutumes autochtones. Don Alvaro apprécia grandement cette déférence et leur dit : Je tends la main comme un pauvre du Christ pour vous demander l’aumône de votre prière. Je vous assure que je suis venu ici pour apprendre et je suis déjà en train d’apprendre lorsque je vois l’union merveilleuse qui existe entre vous et la joie qui vous habite. Vous savez que je viens de Rome, où vit le Vicaire du Christ, le Pape. Avant mon départ, il m’a dit de vous transmettre son affection et la bénédiction de Dieu. Je suis sûr que je repartirai d’ici enrichi de vos prières, de votre exemple et de toute l’affection que vous m'avez montrée, j’en suis très ému, merci beaucoup ». (17-X-1989, cfr. J. MEDINA BAYO, Alvaro del Portillo, un hombre fiel, Rialp, 4a ed., Madrid 2013, p.612)

Il est impressionnant de penser que Don Alvaro avait soixante quinze ans, quand il réalisa ces voyages et que sa santé n’était pas bonne. Outre les maux épisodiques, de plus ou moins d’importance, il souffrait de plusieurs maladies chroniques : hypertension artérielle, - avec un risque constant de fibrillation auriculaire – arthrose lombaire, céphalées… Il dût diviser la catéchèse africaine en quatre étapes, revenant à Rome après chaque voyage, pour que cela soit plus léger d’un point de vue physique.

Ce fut un effort vraiment généreux, qui ne s’explique que par le grand amour que don Alvaro portait au continent africain. Cette réalité était à ce point évidente qu’en apprenant le décès de Mgr del Portillo, l’Archevêque de Yaoundé à l’époque, Mgr Jean Zoa, voulut célébrer personnellement une Messe en suffrage pour son âme, et dans l’homélie qu’il prononça lors de cette célébration eucharistique, il affirma : « Don Alvaro portait l’Afrique dans son cœur ».

Les saints maintiennent toujours dans leur vie une attitude d’écoute – de foi et d’humilité -, une constante disposition à apprendre des autres. C’est avec cette attitude, héritée de saint Josémaria, que don Alvaro entrepris tous ses voyages en Afrique. C’est ainsi qu’il le commentait en arrivant à Nairobi : «  Je viens au Kenya pour apprendre, comme le faisait le fondateur de l’Opus Dei partout où il allait ». A Kinshasa il le dit une nouvelle fois : « J’apprends beaucoup de vous, grâce à l’Esprit Saint : j’apprends de vous la générosité, la joie et tant d’autres vertus». (Kinshasa, 24-VIII-1989) Et à Lagos : « J’ai beaucoup appris pour ma vie spirituelle. J’ai appris de vous cette chaleur avec laquelle vous recevez vos hôtes. Vous m’avez accueilli avec tant d’affection que j’en suis ému, et cela m’oblige à prier davantage pour vous. (Lagos, 19-XI-1989)

Mgr. Javier Medina, auteur du Livre “Alvaro del Portillo. Un hombre fiel”.